Alerte précoce et téléphonie : Ballal, un projet de Kisal

La rencontre de Pinal et Kisal avec le ministre malien de la Justice a été l’occasion pour nous de déterrer et mettre à jour un projet pensé depuis quelques années : Ballal.

Nous partageons ci-dessous le projet actuel avec vous, en comptant sur vos remarques et votre volontariat, pour lui donner jour.

Projet Ballal : Alerte Précoce et téléphonie (par l’Observatoire Kisal)

Contexte
L’insécurité et l’absence effective de l’état malien sont au cœur des préoccupations des Maliens. Le sentiment d’injustice, ou de non-aboutissement des requêtes lors des situations de violation du Droit, nécessite d’assurer aux citoyens que leurs plaintes et doléances sont entendues. De là, il peut être possible de traiter les problèmes soumis.
L’Observatoire Kisal, issu du monde Peul, a été créé dans le but de mener de la vigilance et du plaidoyer dans les problématiques de Droit humain en situation pastorale et pour les populations d’origine nomade. De manière plus large, Kisalse revendique acteur dans la lutte pour la reconnaissance des violations des Droit humains dans les pays où vivent les Peuls.
Au Mali, Kisal travaille avec des collectifs d’associations du terrain, dont Dental, Natal, Pinal, et Tabital Pulaaku.
Dans les situations d’injustices ou d’exactions, les populations sont obligées d’aller à la recherche des agents de l’État. Le délai dans la transmission des informations amoindrit l’efficacité dans la résolution des problèmes urgents. À titre d’exemple, le vol de bétail est courant, et la mobilité des troupeaux rend difficile la coordination des efforts. Pourtant, l’Observatoire Kisal a éprouvé l’efficacité des communications avec les acteurs du terrain, à travers l’utilisation des réseaux sociaux et de la téléphonie mobile.
Nous constatons que face à la problématique de vigilance et d’action qu’est la notre, des solutions systématisées peuvent être pensées. De là, le projet Ballal se conçoit.
Il s’agit de mettre en place un système dans lequel des transmissions téléphoniques géolocalisables sont réceptionnées, traitées et vérifiées, transmises aux agents de l’état et à la société civile. Le système s’opère sur la base de l’outil que nous nommons Ballal (assistance, en langue peule).

« Collaboration Participative Nomade »
L’approche pour mettre en place ce projet et faire vivre l’Observatoire sera collaborative. Les appels et signaux du terrain contribueront au fonctionnement de l’outil, avec la participation de tous les membres de son réseau d’utilisateurs. L’intérêt recherché est d’instiller une transparence hautement nécessaire, pour ces questions de Droits Humains ; d’avoir une réactivité accrue ; et d’impliquer directement les Maliens.
Les réseaux sociaux, l’internet, les radios, et tous les outils modernes rendant possible une mobilité de l’information sur des larges étendues, sont pour nous la solution aux défis dans l’assistance à de larges peuplements dispersés.

Public Cible
Il est essentiel, pour la communication, de gérer une étape nécessaire d’identification du public cible. Bien que Kisal œuvre pour les communautés d’origine nomade, son approche inclusive ne peut discriminer entre des utilisateurs potentiels d’un service à visée humanitaire comme celui-ci. Ainsi, tout usager de téléphonie mobile est visé, avec un focus sur les personnes dans des zones en marge des centres urbains, où l’accès à l’information et son relais sont en cause. De même, l’omerta et les menaces sécuritaires sur les victimes impliquent que cet outil sera destiné aux personnes souhaitant alerter ou se plaindre mais ne se sentant pas sauves pour le faire par des canaux officiels. Ballal pourrait servir par ailleurs de canal à des programmes ayant vocation à disposer d’antennes locales multiples, tels la Commission Vérité, Justice, et Réconciliation (CVJR)

Objectifs
• Collecter et traiter les violations de Droits humains dans les zones excentrées.
• Permettre des interventions rapides des agents de l’État.
• Construire une base de données des violations de Droits humains et de leurs types.
• Mener une vigilance active du terrain.
• Réaliser des plaidoyers pour appuyer les populations défavorisées.
• Influer sur les législations afin de les adapter aux réalités constatées.

Réseau d’acteurs
Les partenaires essentiels sont les opérateurs téléphoniques pour la mise en place technique, les organisations de la société civile pour les ressources humaines dans le traitement et la vérification des communications. Les organisations gouvernementales peuvent apporter un soutien dans la prise d’actions de réaction pour garantir la sécurité et la justice, des crédos du projet. Les différents intervenants seront encouragés à appuyer financièrement le projet.

Mise en œuvre
La réflexion sur l’opérationnalisation technique a été élaborée grâce à des entretiens avec un expert (Orange Mali), ainsi que Jon Shuler et Angela Oduor (Ushahidi – structure ayant travaillé sur la vigilance citoyenne au Kenya, depuis les violences électorales de 2007).

Nous avons pensé à l’utilisation des « USSD ». C’est la même technologie que l’on utilise pour recharger des portables en crédit, avec Orange. Le principe est : appuyer sur des touches du téléphone, et valider, pour coder pour un message. Par exemple : #10# pour un vol, #20# pour un meurtre, #30 pour une extorsion, etc.

Nous avons eu l’assurance que la géolocalisation est intégrable aux messages reçus de la part des personnes sur le terrain.
Il sera plus pertinent de mettre en place des lignes d’appel pour une population non-alphabétisée en masse, telle que celle des bergers, quitte à augmenter le budget du projet.
Il est possible de mettre en place des numéros courts, pour les SMS, et les appels, en plus.

L’établissement d’un réseau de receveurs est capital, pour alerter automatiquement chaque partenaire, à la réception de chaque message. De même, les récepteurs pourront rappeler par téléphone les émetteurs des messages, pour mieux spécifier la situation. Ces récepteurs auront pour tâche, également, de stocker les données. Nous pensons à l’utilisation du réseau d’acteurs, pour assurer des permanences continues, par groupe de deux ou trois individus, à raison de quatre heures à la suite par groupe pour éviter la fatigabilité.
Il faudra s’assurer d’avoir un outil de recueil des données. Ushahidi propose d’employer un appareil simple comme un téléphone marchant sous « Android, afin de stocker les données et les modéliser sur des cartes et sur les réseaux sociaux. Surtout il faudra être efficace dans le relais utile des messages, pour assurer la coopération continue des populations visées. Cela dépendra de ce que nous mettrons en commun, en termes de communication, avec le réseau d’acteurs qui s’articulera autour du projet.
Pour ce qui est de l’analyse de données, nous souhaitons une formation à l’intégration numérique aux plateforme comme Crowdmap, Facebook, et Twitter. Cependant, Kisal compte effectuer les modélisations sur cartes de manière manuelles, comme sur la page Facebook de l’Observatoire. Cela offre en plus la possibilité de centraliser sur cette même page les données et l’historique des actions de Kisal et des faits sur les terrains couverts.

Dépenses
Les coûts des appels doivent intégralement être pris en charge à la place des émetteurs des alertes. Cela motivera, et assurera une fluidité dans les informations- surtout lorsque plusieurs alertes sont lancées pour les mêmes situations.

Le cahier des charges, comprenant le type d’action que nous demandons (en l’occurrence, la mise en place de numéros USSD codant chacun pour un type de problème lié aux communautés pastorales) devra être rédigé, puis transmis aux opérateurs téléphoniques. De là, ils pourront affiner les propositions de faisabilité, et préciser les frais, puis étudier la possibilité de les alléger du fait de la nature humanitaire de la demande.

Éthique et efficacité
Nous devrons nous assurer de transmettre toutes nos informations, en transparence. Cela pourrait être une manière de poursuivre dans la philosophie solidaire de l’entreprise, et d’encourager le concours des autorités locales, et de divers partenaires potentiels.

Afin de motiver et pérenniser la collaboration des populations, il est nécessaire qu’elles sachent que ladite collaboration permet une action certaine de la part des porteurs du projet, et qu’il ne s’agit pas de communications sans finalité. Il faudra avoir ainsi un réseau d’interlocuteurs, d’entités et de personnes réactives, et pouvoir agir rapidement. La boucle de l’information est ainsi bouclée. Et c’est en cela qu’un cycle de communication a fonctionné, au final, au-delà d’un engrangement simple de l’information.

La tâche de vérification est l’épreuve majeure, ici. Il ne faut pas créer des paniques infondées, contribuer à la propagation de la terreur, ou se faire instruments de campagnes de dénigrement ou de piège aux forces de sécurité et agents de l’État.

Conclusions et suite
Ce projet d’alerte précoce et de vigilance est exécutable dans des délais raisonnables, selon notre expérience de la collaboration avec les différents interlocuteurs que nous avons autour de nos missions associatives.
Il s’agit à présent de créer ensemble une plateforme d’entente, élaborer un cahier des charges, former les équipes, et enfin commencer la communication et la sensibilisation autour de Ballal, avant de le lancer. »
Fraternellement

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